30 Juin « Il n’y a pas besoin de savoir lire pour comprendre un dessin »

David Servenay est fondateur et rédacteur en chef de La Revue Dessinée. Journaliste pendant onze ans à RFI, il s’est spécialisé dans les enquêtes franco-africaines avant de participer à la création de Rue89, un soir de mai 2007. Après un court passage chez OWNI, il a lancé la Revue Dessinée avec un groupe d’auteurs de BD. David Servenay a échangé autour de ce nouveau traitement journalistique aux 48 heures de la pige. Rencontre.

Qu’apporte le BD reportage, cette nouvelle forme de journalisme ?

Les enquêtes, c’est frustrant pour un journaliste. Il y a toujours des facettes du reportage que le public ne voit pas. Que ce soit à RFI, à Rue89 ou à OWNI, les lecteurs qui consultent ce type de média sont déjà sur-informés. Le dessin permet de toucher un public plus large, et ainsi de rendre accessible le travail d’enquête. Il n’y a pas besoin de savoir lire pour comprendre un dessin. Les histoires complexes deviennent plus intelligibles. Nous avons réalisé un reportage sur les emprunts toxiques, un sujet très technique. Mais, avec les dessins, tous les lecteurs ont compris. Et puis avec la bande dessinée, la notion de plaisir entre en jeu. Ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres formes journalistiques.

Quelle est la ligne éditoriale de la Revue Dessinée ?

Notre volonté est de surprendre nos lecteurs. Le journalisme a besoin de médias lents, sur des longs formats, bien loin des informations « à l’eau tiède » qui envahissent le paysage médiatique. Sinon, le public va lâcher. Pour nous, tout se passe au moment où nous recevons les idées de reportages : si nous ne sommes pas surpris, le lecteur ne le sera pas non plus.

CaptureRevueDessinee

Comment fonctionne votre rédaction ?

Nous recevons une centaine de propositions de sujets par mois. Pour la plupart, leur faiblesse est l’absence d’angle. La majorité de ces idées de reportages viennent de journalistes ou d’universitaires. Nous avons déjà collaboré avec une centaine de personnes depuis le lancement de la Revue Dessinée il y a trois ans. Le reporter et l’auteur de bande dessinée travaillent ensuite en binôme. Dans la très grande majorité des cas, ils vont tous les deux sur le terrain. Le plus compliqué pour nous est de trouver le bon illustrateur. Sur les emprunts toxiques par exemple, il nous fallait quelqu’un avec un esprit de synthèse, sachant représenter l’abstrait. Benjamin Adam était le candidat idéal. Le résultat était au rendez-vous. La perception d’une même histoire peut être totalement différente selon le dessinateur.

Vous appuyez-vous uniquement sur des faits ou le fictif prend parfois le pas sur l’information ?

Le contrat de lecture est d’être dans le vrai au sens journalistique. L’intégration d’un élément fictif est l’exception pour ne pas créer de confusion chez le lecteur. Mais, le dessin est toujours une représentation subjective de la réalité. Comme la photo. Jean-Luc Godard disait que « l’image ment ». Même sur une photo, il y a le champ et le hors-champ, il y a toujours un choix préalable.

Maxime Chataigner et Antoine Roger