30 Juin Le datajournalisme : « Une langue étrangère qu’il faut apprendre »

Dans le cadre des 48 heures de la pige, Sylvain Lapoix, spécialiste du datajournalisme et co-créateur du programme #DataGueule, revient sur l’importance de ce nouveau traitement de l’information.

« Le datajournalisme a changé ma vie ! Depuis que j’ai mené une enquête sur les diffusions de CO2 dûes à la consommation de viande, je suis même devenu végétarien », sourit Sylvain. Le journalisme de données (data journalism en anglais) vise à renouveler le journalisme par l’exploitation et la mise à la disposition de données statistiques au grand public.

Pour Sylvain Lapoix, cette nouvelle écriture journalistique n’est finalement qu’une méthodologie. Méthodologie à laquelle lui-même s’est formée seul via des outils disponibles sur le net (sur Youtube, Open Classroom) ou sur des plateformes permettant d’échanger avec une communauté de développeurs informatiques comme Stack Overflow ou Github pour les niveaux plus élevés.

Gagner en rigueur, acquérir de nouvelles sources et imaginer des sujets

Si un pigiste cherche à traiter un sujet en datajournalisme, Sylvain Lapoix lui conseille de travailler en groupe. « C’est important de parler avec des confrères plutôt que de rester isolé. Comme ça, on crée une synergie positive qui va nous conduire à nous poser les bonnes questions. »

Si ce dernier admet que le travail de datajournalisme est chronophage et nécessite des compétences difficiles à s’approprier, il permet de gagner en rigueur, d’imaginer de nouveaux sujets, jusqu’alors jamais traité, d’acquérir une maîtrise aigüe d’outils numériques et d’accéder à des sources beaucoup plus profondes. « C’est une langue étrangère qu’il faut apprendre ».

Autre aspect important : le choix des statistiques utilisées. « Il faut choisir des sources extrêmement fiables afin d’éviter de perdre du temps dans des calculs de vérification. »

Mais quelle est l’utilité du datajournalisme pour les pigistes ? Mauvaise surprise ! « Dans toute ma carrière, le data ne m’a permis de réaliser qu’une seule pige, pour Arte. ». Il nuance toutefois ses propos. «  Malgré tout, cela a modifié mon rapport aux chiffres et m’a ouvert à de nouveaux horizons. »

Le journalisme de données est encore peu utilisé par les médias. Conséquence : le travail proposé par les datajournalistes est peu valorisé et ce, malgré le temps d’enquête qu’il nécessite. « Vous pourrez passer près d’une journée sur un sujet, il vous sera facturé le prix d’un feuillet ! »

Matthieu Vautier et Jérémy Pena 

Crédit photo de Une : Jérémy Pena