30 Juin Le petit manuel du pigiste débutant

« On est pigistes par choix et on en vit ». C’est en ces termes optimistes qu’Anne Bideault et Raphaël Baldos, tous deux journalistes pigistes, ont débuté l’atelier « Outils d’organisation pour démarrer la pige ». L’occasion pour eux de nous livrer dix bons conseils pour s’organiser quand on se lance en tant que pigiste.

  • Se présenter de manière professionnelle

Pour le pigiste débutant, la première prise de contact avec une rédaction se fait souvent par mail. « Attention à l’adresse mail créée quand on était ado », met en garde Anne Bideault. « L’adresse professionnelle doit être sobre, avec nom/prénom ». Dans la signature, ne pas hésiter à inscrire « Journaliste » sous son nom, à ajouter un logo personnalisé, et à intégrer des liens vers les réseaux sociaux : comptes Twitter, Facebook, LinkedIn, à condition bien sûr qu’il s’agisse de comptes professionnels. Objectif : que la « proposition s’inscrive dans la mémoire de celui qui la lit ».

  • Se faire connaître sur les réseaux sociaux

« Viadeo et LinkedIn remplacent de plus en plus le CV », constate Anne Bideault, qui encourage fortement les nouveaux pigistes à se créer des CV en ligne sur ces plateformes, comme DoYouBuzz. « Si vous obtenez une pige, partagez votre article sur votre Twitter/Facebook. Il faut être visible. Les rédacteurs en chef ont pris l’habitude de googleliser les noms des candidats », conseille Raphaël Baldos.

  • Bien soigner son synopsis

« La première entrée dans une rédaction est la proposition de sujet », rappelle Raphaël Baldos. Le synopsis est un petit texte de présentation du sujet. Il doit être court : 2 paragraphes de 5 lignes en moyenne. Il doit être titré et le tout doit figurer dans le corps du mail. Attention, le synopsis doit clairement exposer l’angle choisi pour traiter le sujet. Pour le rédiger, il faut donc avoir déjà pré-enquêté : connaître les interlocuteurs que l’on va interviewer, les témoins qui seront prêts à parler etc. En même temps, il ne doit pas tout dévoiler…

  • Connaître l’esprit et le style de la publication visée

Dès le synopsis, le rédacteur en chef doit sentir que le pigiste a déjà lu la publication à qui il s’adresse. « Ecumez les bibliothèques, parcourez les précédents numéros, et surtout lisez l’éditorial, il en dit beaucoup sur l’identité du journal », conseille Anne Bideault. L’article proposé doit s’inscrire dans la ligne éditoriale du journal, et si possible, correspondre à une rubrique précise. Cela permettra aussi de s’adresser à la bonne personne. « Allez voir l’ours et cherchez le nom du chef de la rubrique concernée. Sinon, appelez le secrétariat de la rédaction et demandez à qui envoyer le sujet ».

  • Aller rendre visite aux rédactions

« N’hésitez pas à aller voir les rédactions avec des sujets sous le bras », conseille Raphaël Baldos. Appelez pour demander un rendez-vous, surtout l’été quand les rédactions sont un peu plus disponibles. Et si vous n’avez pas réussi à obtenir un rendez-vous, allez quand même sur place et présentez-vous. « Le culot est très important dans la pige. »

  • Diversifier les publications : presse professionnelle et spécialisée

« La majorité des pigistes s’adresse aux mêmes titres : Libé, Le Monde etc… Or, la presse professionnelle et la presse spécialisée proposent le plus de débouchés », rappelle Anne Bideault. Histoire, agriculture, médecine, il y a des magazines spécialisés sur tout ! Diversifier ses titres est aussi utile quand on veut proposer le même sujet à plusieurs rédactions. La règle à respecter : ne jamais proposer le même article à des titres concurrents. Par contre, vous pouvez proposer le même sujet avec deux angles différents à un journal de presse nationale généraliste et à un magazine spécialisé.

  • Développer son réseau

« Allez voir les clubs de la presse, les associations de journalistes spécialisés, les syndicats, ou encore les associations comme Profession Pigiste », conseille Anne Bideault. Pour ceux qui ont une spécialité, n’hésitez pas à vous rendre sur les salons professionnels, dans les chambres de commerce ou encore dans les fédérations professionnelles pour découvrir de nouveaux titres.

  • Se renseigner sur la rémunération et l’éventuelle prise en charge des frais

Lorsque le sujet est accepté, il faut aborder tout de suite la question de la rémunération. Raphaël Baldos conseille de se fixer une limite en deçà de laquelle on refuse une pige. « De mon expérience, je conseille aux pigistes débutants de ne pas travailler en dessous de 50 euros le feuillet ». Si vous avez des frais importants pour la réalisation du sujet (reportage à l’étranger notamment), demandez si vous pourrez bénéficier d’un remboursement, total ou partiel.

  • Bien connaître ses droits

Lorsque vous discutez de la rémunération, vérifiez bien que l’employeur s’exprime en « brut, hors congés payés et hors 13ème mois ». Le journaliste pigiste ne fait ni factures ni de notes de frais. Il est salarié et reçoit donc des fiches de paie. « Cela vous permet de cotiser pour la retraite, le chômage, l’assurance maladie et la formation », rappelle Anne Bideault. « De plus, seul le travail rémunéré en salaire compte pour la carte de presse ».

  • Travailler à plusieurs

« Ne restez pas seuls », conseille Anne Bideault. N’hésitez pas à travailler avec d’autres collègues pigistes et à proposer des sujets en binôme. Vous pouvez aussi travailler avec des collègues photographes, ou encore créer des collectifs. « Ça permet d’augmenter la visibilité sur votre travail et de construire des projets communs ».

Nora Schweitzer

 
Photo de Une : L’atelier « Outils d’organisation pour démarrer la pige » organisé lors des 48h de la pige © Nora Schweitzer


 

Pour en savoir + sur Anne Bideault et Raphaël Baldos