01 Juil La pige radio vue par Daphné Gastaldi

Peut-on être grand reporter radio quand on est simple pigiste ? C’est le pari que fait Daphné Gastaldi, journaliste indépendante basée à Lyon. Dans l’atelier « La pige radio », elle témoignait de sa propre expérience à l’étranger. D’abord pigiste à radio campus Paris, elle collabore maintenant régulièrement pour RFI , Radio France et la radio suisse RTS, et produit aussi des sujets pour Mediapart ou encore Slate.

Pas toujours facile de financer un reportage radio à l’étranger quand on est pigiste. Pourtant, Daphné Gastaldi parvient toujours à trouver des fonds pour réaliser ses projets.. Tous les moyens sont bons : négocier âprement avec les médias, décrocher des bourses ou solliciter des financement participatif…

A l’occasion du centenaire du génocide arménien, l’année dernière, elle a réalisé un reportage sur les arméniens français vivant en Turquie. Elle a dû faire appel au crowdfunding sur la plateforme Ulule. « Beaucoup de médias étaient intéressés mais aucun ne voulait payer », regrette-t-elle. La contribution de 120 internautes lui a permis de récolter 6 000 euros. « Notre sujet a ensuite été acheté par Libération et publié à la Une et développé sur plusieurs pages !  ».

Si elle reconnaît l’utilité de ce mode de financement, elle reste réaliste sur le fait qu’il est non pérenne. « On ne peut pas mobiliser les gens plus d’une ou deux fois par an. Et c’est aussi une question de principe, il faut que les rédactions s’engagent à acheter des sujets avant le départ en reportage. Et exiger qu’elles prennent en charge les frais. »

WeReport, une mini-entreprise

Planning, démarchage des médias, négociation, constitution d’équipe, calage et logistique, un projet de reportage exige une organisation lourde. « Au sein de mon collectif, nous fonctionnons comme une mini-entreprise ». Daphné Gastaldi fait référence à WeReport, dont elle est la cofondatrice et qui rassemble des pigistes de toute la France. « Nous avons gagné en visibilité. Lorsque j’ai réalisé un sujet pour Mediapart, c’est le pure-player qui m’a directement contacté. Cela permet de mutualiser les contacts, de multiplier les supports et de vendre plus de sujets. »

Deux types de journalistes couvrent l’actualité à l’étranger. Les pigistes courent la planète au fil de l’actualité. Les correspondants, installé dans un pays, proposent des reportages sur leur territoire. « Les correspondants n’aiment pas trop voir les pigistes arriver sur leur terrain. Même si on y va sans l’intention de voler leur travail, il vaut mieux les prévenir et leur expliquer l’objet du reportage. »

Pour vendre ses sujets, il faut aussi savoir se démarquer et anticiper. Daphné Gastaldi était l’une des premières à réaliser un sujet sur l’exode des réfugiés syriens via la route des Balkans.

Mona ANNE & Laurence MOISDON

 

Légende photo : Atelier « la pige en radio » animé par Daphné Gastaldi, le 30 juin 2016 au 48 heures de la pige à Montpellier