Territoire rural par excellence, la Creuse recèle de lieux oubliés. Le Châtelet et sa mine d’or en font partie. De 1905 à 1955, plus de 300 ouvriers y ont travaillé et vécu en totale autarcie. Découverte des lieux en photos et avec Gwenaelle Jarry, guide conférencière à la maison du tourisme d’Evaux-les-Bains.

Pourquoi existait-il une mine d’or au beau milieu de la Creuse ?

Dans les années 1880, une ligne de chemin de fer faisant le lien vers Paris était en construction. Elle passait par Ussel et Budelière. Au moment de commencer les travaux de la gare de Budelière, des filons de quartz aurifère (espèce minérale contenant des traces d’or, NDLR) ont été découverts. Ensuite, des personnes ont commencé à prospecter dans toute la région. Au Châtelet, il se trouve qu’il y en avait beaucoup. Et c’est ainsi que la société minière s’est créée. Le village s’est construit de 1907 à 1913, et la mine à partir de 1905.

Ce bâtiment,

Pour quelles raisons faites-vous des visites du village du Châtelet ? Il y a une vraie demande ?

Oui. On a beaucoup de gens qui étaient interpellés par « le village des mines d’or du Châtelet », en feuilletant nos documentations. J’ai donc décidé de lancer des visites guidées depuis le mois de mars. J’en fais une par mois. Par contre, la mine en elle-même n’est pas visitée. Elle a été détruite, dépolluée et interdite au public.

Que proposez-vous exactement lors de ces visites ?

Je fais la visite du village qui a été construit spécifiquement, pour les ouvriers de la mine, sur un modèle architectural que l’on retrouve dans le Nord. Les maisons étaient plus ou moins grandes selon le poste des salariés, avec une cour et un jardin. Elles pouvaient accueillir deux familles et les loyers étaient différents en fonction de l’habitation.

« Tout le village a été construit dans l’ordre de la hiérarchie de l’usine, les premières constructions ont été celles des directeurs, leur permettant de contrôler les entrées et départs de la mine. Ensuite, il y avait les bâtiments communs comme la cantine et les dortoirs. »

Gwenaelle Jarry, guide conférencière.
Vue d’ensemble du Châtelet. Source : capture d’écran Google Maps.

« Derrière, on retrouvait les maisons des ouvriers et pour terminer, l’école. L’objectif était de préparer l’enfant à devenir un ouvrier modèle. C’est le système social du paternalisme, à l’image de ce que faisait Michelin. »

Les ouvriers vivaient en autarcie avec de nombreux services dans le village. Un club de football, une salle de théâtre, un cinéma, une coopérative… Pour qu’ils ne sortent pas du village et éviter les conflits sociaux.

Ce système de société en autarcie était-il viable sur le long terme ?

Absolument. La première grève des ouvriers a eu lieu en 1945, vers la fin de l’exploitation. Le but pour les directeurs était d’éviter toute velléité sociale. C’est la raison pour laquelle ils restaient dans le village. De collègues, les ouvriers devenaient amis. Et quand on lit les entretiens d’anciens mineurs, aucune négativité n’en ressort. Ils ont aimé ce travail et cette vie.

Quelles étaient les conditions de travail de ces mineurs ?

Difficiles. Les salaires n’étaient pas très élevés. C’est pour cela que la société du Châtelet a fait en sorte de proposer énormément de services. Les ouvriers avaient notamment une sécurité sociale, qui n’existait pas à l’époque en France. Ils bénéficiaient d’avantages pour leur permettre de rester sur place et de bien vivre.

Pour quelles raisons l’exploitation de la mine s’est-elle terminée ?

Il y a eu une grosse chute après la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, il a fallu trouver d’autres techniques d’extraction, notamment pour traiter la matière afin d’obtenir de l’or. C’était extrêmement coûteux et à la fin, la société ne pouvait plus le gérer.

Reste ce patrimoine historique que vous tâchez de pérenniser

Oui absolument. Il y a eu une cité minière au Châtelet et le but est de préserver ce passé. Au total, plus de 300 ouvriers ont travaillé sur ce site et beaucoup de personnes vivant dans le coin ont connu cette mine.

« De nombreux étrangers sont également venus y travailler et se sont installé dans la région. Des Polonais, des Espagnols, des Italiens, des Algériens et aussi des Grecs… C’était un site extrêmement important. Dans les années 1910, il s’agissait de l’une des premières mine d’or de France. »

Le village existe-t-il toujours ?

Oui, il est toujours en place. Il a fallu y réaménager certaines maisons mais il y en a encore qui conservent leur architecture spécifique. Au moment de l’installation de la mine, il n’existait qu’une église et une ferme.

Les gens qui habitent toujours au Châtelet ont donc pris la place de mineurs…

À la fermeture de la mine, les dirigeants de la société ont proposé aux ouvriers de racheter leur maison pour environ un mois de salaire. Certains l’ont fait. Les autres ont été vendues à des particuliers.

Y’a-t-il des entreprises qui sont prêtes à reprendre l’exploitation de la mine ?

Non, pas du tout. L’idée est totalement abandonnée car les filons n’étaient pas assez rentables. Il n’y avait pas assez de matières pour que ce soit gagnant. Une réouverture au Châtelet ne se fera absolument jamais.

Photos et propos recueillis par Jéraud Mouchet et Lucas Robelin