Jean-Claude de l’Estrac, un redoutable outsider

Jean-Claude de l’Estrac © capture d'écran d'une interview publiée en ligne en mai 2014 et réalisée par Jeune Afrique.

Jean-Claude de l’Estrac © capture d’écran d’une interview publiée en ligne en mai 2014 et réalisée par Jeune Afrique.

Après trois mandats à la tête de l’OIF, Abdou Diouf s’apprête à passer le témoin. Parmi les cinq candidats en lice pour prendre sa succession figure Jean-Claude de l’Estrac. Présentation d’un candidat qui pourrait défier les pronostics.

Il n’a pas le charisme de Michaëlle Jean, le rayonnement culturel de Henri Lopes dépasse le sien et l’expérience politico-diplomatique de Pierre Buyoya lui fait défaut. Pourtant, la candidature de Jean-Claude de l’Estrac est à prendre au sérieux.

Né il y a 66 ans à Maurice, Jean-Claude, comme l’appelle les intimes, peut se targuer d’avoir un parcours riche et diversifié. Il a mené une brillante carrière de journaliste avant de faire son entrée en politique. Il a été membre de l’Assemblée nationale, puis conseiller municipal avant d’être nommé chef de la diplomatie de l’Île Maurice et enfin ministre du Développement économique. Depuis juillet 2012, il est Secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien (COI).

En plus de ce parcours atypique, Jean-Claude de l’Estrac a l’avantage d’être le candidat qui présente le programme le mieux ficelé. L’un des points marquants de cette feuille de route est la dotation d’une dimension économique à l’OIF. « La Francophonie de demain doit être économique. Sinon, la jeunesse africaine va s’en détourner, et l’OIF risque de s’éteindre. C’est pour cela que j’ai axé mon programme sur ce thème », confie-t-il à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Selon lui, il est nécessaire d’assainir le climat des affaires et de faire de l’espace francophone une zone propice aux investissements. Mais il est conscient que la croissance économique ne peut être possible sans la démocratie et la stabilité politique. C’est pourquoi, il tient à renforcer l’implication de l’OIF dans la prévention et la résolution des conflits.

Pour faire connaître son programme, il s’est rendu dans une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Malgré ses nombreux atouts, la candidature de Jean-Claude de l’Estrac présente un certain nombre d’handicaps. Son pays Maurice n’est qu’un minuscule rocher de 1,3 millions d’habitants dans l’Océan de la francophonie fort de 900 millions de personnes. L’influence de cette île, que Jean-Claude de l’Estrac qualifie lui-même d’ «invisible et d’inaudible », est donc restreinte.  Le fait que l’anglais soit la langue officielle de ce pays n’arrange pas les choses. Mais de l’Estrac n’en a cure.

Selon lui, Maurice n’est petite que par ses dimensions et sa démographie. Ces facteurs mis à part, c’est un pays dont la vitalité démocratique fait défaut à la plupart des pays africains. En 2011, Maurice a été classé en tête de l’indice MoIbrahim de gouvernance des pays africains. Le revenu par habitant est estimé à 15 000 dollars, soit plus que le Bresil et la Turquie. La prospérité économique de ce pays fait tâche d’huile dans un continent où la misère prédomine encore.

Enfin, la neutralité de Maurice pourrait valoir à son candidat un vote consensuel dans un scrutin où entrent en compte les intérêts divergeants des pays membres de l’OIF. Dans tous les cas, Jean Claude de l’Estrac garde sa sérénité : « Si je ne suis pas élu, ce serait regrettable pour l’OIF, pas pour moi ».

MARLYATOU DIALLO