06 Mai On s’est fait photographier par Alberto Garcia-Alix

« Venez-dehors, on va faire des photos ». Le français est approximatif, la voix rauque marquée par un passé rempli d’abus et d’excès. Devant le container tapissé de ses tirages, l’Espagnol Alberto Garcia-Alix nous demande de sortir. « Je crois qu’il veut faire des photos avec vous », glisse tout sourire Isabel Munoz, ancienne photographe de l’agence VU’.

Veste en cuir cintrée, large ceinture apparente, pull jaune à rayures noires : l’artiste ne passe pas inaperçu. Considéré comme le « plus grand photographe espagnol de sa génération », Alberto sort calmement de l’entrepôt du Chais, le regard à la recherche d’un bon « spot ».

© Marcela McCormick

© Marcela McCormick

L’arroseur arrosé

Nous qui étions partis à la rencontre d’un homme dont l’oeuvre est constamment tourmentée entre le sexe, la drogue et la moto, nous voilà de l’autre côté du miroir. Pris sous son aile, sous son oeil averti. Médusés, nous posons nos sacs face au canal. Lui sort son fidèle Hasselblad, entièrement customisé, et qui ne semble jamais le quitter.

Et c’est parti pour la séance de shoot. Il pose ses mains sur nos visages, penche nos corps, comme un marionnettiste qui prépare sa représentation. Puis, il retourne à son boîtier, avant de revenir, soucis du détail oblige, nous déplacer de quelques centimètres. Une première photo. « C’est fini? ». « No ». On se prend vite au jeu à se contorsionner à la façon des top models.

La séance dure une demi-heure et se résume en dix photos. « Vous en avez de la chance », glisse un photographe amateur au sein du petit attroupement qui assiste à la scène. Alberto sort la pellicule de son appareil, la verrouille et l’embrasse délicatement sous nos yeux. Passants ordinaires, nous faisons désormais partie de son incroyable monde en noir et blanc. Fierté !

Vincent GUERRIER & Pauline BRASSART