07 Mai L’équilibre fragile d’un festival exigeant

Voilà huit ans qu’ImageSingulières donne chaque année l’occasion de découvrir le travail photographique d’artistes ou photo-reporters qui rayonne en différents points de la ville. Inscrit dans le paysage culturel de la région, il est entièrement gratuit. Son bon fonctionnement repose pour une grande part sur la centaine de bénévoles, sa poignée de salariés et sur les subventions publiques.

Aux côtés des Rencontres d’Arles ou de Visa pour l’image à Perpignan, de dimension plus modeste, ImageSingulières, porté par l’association CéTàVOIR joue la carte de la gratuité autour de l’univers photographique de Gilles Favier, directeur artistique de l’événement. Avec Valérie Laquittant, directrice de l’association organisatrice CéTàVOIR, il a choisi dès la première édition de prendre le parti de démocratiser la culture. L’ensemble des expositions sont totalement libres d’accès. “Le festival est largement subventionné, il nous semble logique de restituer l’argent des impôts, argumente la directrice de l’événement. Pour ceux qui sont prêts à payer, on a mis en place une carte “amIS” sur le modèle du financement participatif avec des goodies”.

60 % public, 40 % privé

Avec un budget de 212 000 euros, l’économie du festival repose essentiellement sur les financements publics. En particulier la Ville, leur premier partenaire. Sète est la première ville de Languedoc-Roussillon a s’être engagée avec l’Etat à maintenir ses subventions aux festivals de manière générale pour une durée d’encore deux ans. « Cela représente 10 % du budget municipal », avance la responsable. Ce sont ainsi 90 000 euros, un chiffre presque constant depuis 2012, qui ont été injectés directement dans le festival photographique, soit 42 % de son budget total. Ce ratio de 60% de financement public, contre 40 % de financement propre ou privé, est constant depuis 2012.

En plus de l’aide financière brute, la Ville offre des prestations à ImageSingulières comme des outils de communication, les services municipaux… Ces dernières ont connu une baisse. Par exemple, le programme est désormais vendu un euro par l’association pour rembourser les frais d’impression précédemment pris en charge par la Ville. “Notre subvention est constante, mais il est vrai que la valorisation des aides en nature ont baissé, confirme Valérie Laquittant. Pour autant, il ne faut pas y voir un signe de désengagement. La Ville est notre meilleure partenaire.”  

“On vise la qualité dans la programmation et l’accueil”

Pour perdurer sur ce modèle, les organisateurs peuvent compter sur la centaine de bénévoles engagés et quatre salariés dont un à mi-temps. Mais ce qu’ils espèrent, c’est un geste supplémentaire du Département, de la nouvelle grande région et de l’État pour continuer leur démarche d’accès à la culture.

Pour convaincre les financeurs d’amplifier les partenariats, les meilleurs arguments de l’association sont l’exigence de la qualité et les retombées économiques pour la ville et le bassin. Tiphaine Collet, directrice de l’office de tourisme et directrice des affaires culturelles de Sète, assure, au regard d’une étude menée en 2013 sur l’impact des festivals de musique d’été, que «pour un euro investi, il y a entre quatre et cinq euros de retombées, alors que la moyenne nationale est à trois ». Pour Valérie Laquittant, cette estimation est inférieure à la réalité et évalue les retombées à 8 euros pour l’euro investi pendant la durée de son festival photo.

Si les institutionnels ont des difficultés à définir précisément l’influence d’ImageSingulières sur l’économie locale, les responsables du festival se sont fixés un nouvel objectif. Développer la pédagogie à l’image auprès des scolaires et convaincre les financeurs publics de les accompagner dans cette démarche.

En juin, l’association CéTàVOIR abordera un nouveau tournant avec son emménagement dans les locaux de l’ancien tribunal d’instance au coeur de la ville. “Il y a plus de pièces donc nous aurons plus de facilité à accueillir les scolaires”, s’enthousiasme la directrice. “Ce qui nous permettra de développer nos workshops et des ateliers pédagogiques générateurs de fonds”. Cette nouvelle ligne directrice devrait attirer vers l’association les faveurs des financeurs, mais, cette fois-ci, dans son volet éducatif.

ALEXANDRE STEPHAN & EMMA JOUVE