07 Mai Un photographe en guerre contre l’amiante

© Bastien BOCQUEL

Nanda Gonzague à la maison de l’image documentaire à Sète © Bastien BOCQUEL

 

Trois questions à… Nanda Gonzague. Avec « Une histoire française de l’amiante », le photographe s’est penché sur le destin de ces populations, victimes directes et indirectes du matériau, interdit en 1997. Un reportage sur six lieux, réalisé dans le cadre du projet « La France vue d’ici », mené de concert par Mediapart et le festival ImageSingulières.

Pourquoi avoir choisi le thème de l’amiante ?

J’ai été intéressé par la dimension historique du combat contre l’amiante et j’avais le besoin d’en comprendre le mécanisme. C’est un drame à la fois social et environnemental. Les ouvriers qui ont travaillé au contact de l’amiante sont, aujourd’hui, morts ou malades. Durant des années, ils ont embrassé leurs enfants sans avoir conscience du risque. Leurs femmes ont manipulé leur linge. Eux aussi sont victimes indirectement. Une contamination jusqu’à la deuxième génération.

Et une fois l’amiante interdit en 1997, des chefs d’entreprise se sont retrouvés avec des stocks énormes sur les bras. Ces derniers ont été enfouis sauvagement sous terre. Aujourd’hui, dans certaines régions, quand un paysan laboure, des nuages blancs s’échappent du sol… Mon travail porte sur tous ces aspects.

Comment a évolué votre projet ?

J’ai commencé, en 2006, avec un reportage autour de la vallée de la Vère, entre l’Orne et le Calvados, au coeur d’un bassin frappé par la crise de l’amiante. L’idée était de faire un état des lieux, dix ans après son interdiction. Il y a six mois, j’ai répondu à l’appel à candidature lancé pour “La France vue d’ici”. Mon dossier a été accepté.

Depuis, je travaille sur cinq nouveaux lieux, jusqu’en juillet. À Canari, en Corse, je suis allé à la rencontre des victimes. Le village abrite ce qui a été la plus importante mine d’amiante de France, à proximité de la route la plus fréquentée et de la plage. Elle est aujourd’hui à l’abandon. La municipalité n’a pas les moyens de la désamianter.

À Dunkerque, j’ai appris que, pendant des décennies, les dockers ont porté sur leurs épaules des sacs d’amiante en toile de jute, venus de l’étranger. Eux aussi ont été contaminés.

Clermont-Ferrand, Tersac (près d’Albi) et Aulnay-sous-Bois sont les trois autres étapes de mon reportage. L’objectif est de le publier sur le web à la fin de l’année, pour le vingtième anniversaire de l’interdiction de l’amiante. Avec une écriture personnelle et différents formats.

 

Que vous a apporté « La France vue d’ici » ?

Ce projet est une chance pour un photographe. C’est un dispositif dont l’approche est intéressante. On ne répond pas à la commande d’un média, bien que le projet soit dirigé par Mediapart. Au contraire, j’ai carte blanche. Mon travail n’est pas calibré pour un format imposé. Et puis, le fait que citoyens et internautes puissent réagir, participer financièrement et suivre le reportage au jour le jour est génial. Sans ce dispositif, je n’aurais certainement pas continué mon projet.

Propos recueillis par Brice THEATE et Bastien BOCQUEL

Crédit photo de Une : Bastien BOCQUEL