« Les ateliers sauvages » : l’art contemporain bat au cœur d’Alger

Pas facile de trouver ce lieu situé à Alger centre, rue Didouche Mourad. Pas de plaque, ni de signe extérieur. Mais dès l’entrée dans la grande cour de ce vieil immeuble, on découvre un immense square dont le sol semble fracturé, en mille morceaux. C’est en fait l’une des œuvres exposées par « les ateliers sauvages ». A l’intérieur, une belle et grande salle d’exposition, avec des tableaux d’art contemporain aux murs. Quelques chaises alignées attendent la conférence de ce soir. C’est un lieu de résidence et de créations pour des artistes invités, qui ouvre ses portes au public le temps d’une Nuit des idées.

Rencontre avec Madame Wassila Tamzali, directrice et fondatrice des « ateliers sauvages ».

 

 

Comment définiriez-vous ce lieu « les ateliers sauvages » ?

C’est un lieu de création qui est occupé en permanence par des artistes : plasticiens, cinéastes, écrivains… C’est un lieu pour écrire, produire des images, et pour penser aussi.

Pourquoi avez-vous appelé cela « les ateliers sauvages » ?

« Les ateliers sauvages », c’est comme les fleurs sauvages. Il y a les fleurs qu’on fait pousser dans des serres avec des normes, avec des critères. Ce sont de belles fleurs, mais je pense que l’art contemporain doit être quelque chose de plus spontané comme les fleurs sauvages.

Et d’où vient l’idée de la fondation ?

Je voulais participer, accompagner les artistes, ouvrir l’art contemporain algérien sur le monde. En invitant des plasticiens qui viennent du monde entier pour échanger avec nous et essayer de promouvoir notre art à l’étranger. C’est pourquoi j’ai créé les « ateliers sauvages » il y a deux ans.

Sur quelles bases choisissez-vous les artistes ?

C’est une orientation artistique, on pourrait dire une orientation éditoriale, comme les maisons d’édition choisissent leurs écrivains. C’est une sorte de label. Je choisis des artistes qui correspondent à l’idée que je me fais de l’art.

Quelle est la relation entre  » les ateliers sauvages  » et le thème de la Nuit des idées « l’imagination au pouvoir » ?

Pour bâtir « les ateliers sauvages », il a fallu beaucoup d’imagination. C’est un lieu d’imagination. Il a été créé par l’imagination et il continue à vivre par l’imagination. Ça, c’est la première chose. De plus, en Algérie, il n’y a pas beaucoup d’espaces qui peuvent accueillir 300 personnes et qui peuvent proposer une activité culturelle. Je trouve que c’est tout à fait normal de rendre accessible au public un lieu comme celui-là. Un lieu fermé quand les artistes travaillent mais qui devient public à l’occasion d’événements. C’est un espace qui s’ouvre aux algérois pour la Nuit des idées.

Est-ce que c’est un lieu unique en Algérie ?

Ce n’est pas à moi de vous dire s’il est unique, mais beaucoup de gens disent qu’il l’est.

Est-ce que vous pensez que l’art peut changer la société ?

Avant de se demander si l’art peut changer la société, il faut s’interroger sur ce que nous dit l’art ? L’art, selon moi, je parle en mon nom personnel, me permet de mieux comprendre la situation et les problèmes de l’Algérie. Il y a chez l’artiste une sensibilité, une capacité d’exprimer des choses que je n’arrive pas à exprimer. Et puis, l’art nous conduit vers la beauté, et la beauté c’est ce qui peut changer la société.

 

Bachir Mokhtari et Céline Mekhoukhe

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