6 Mois, des histoires à voir

6 Mois, des histoires à voir

Pour la première fois depuis sa création en 2011, la revue 6 Mois a été mise à l’honneur pendant quelques minutes lors de la projection de jeudi soir, au Campo Santo. Ce mook (revue à mi-chemin entre un livre et un magazine) offre une  fenêtre d’expression aux reportages photographiques longs.

Jeudi soir, place de la République, à Perpignan. L’écran géant retransmet en direct la projection du soir, au Campo Santo. Quelques minutes sont consacrées aux pages du dernier numéro de 6 Mois, un mook consacré au « XXIe siècle en images ». Sa rédactrice en chef, Marie-Pierre Subtil, affiche clairement son engagement, dans la lignée de celui du trimestriel XXI. Deux revues dont les dirigeants sont les mêmes personnes, 6 Mois ayant été lancé pour être le pendant photographique de XXI. « Notre volonté est de raconter le monde via la photo. C’est pour cette raison que nous avons choisi comme slogan « Le XXIe siècle en images ». Nous recherchons des histoires qu’on ne trouve plus ailleurs. Et force est de constater qu’il y a une véritable demande. »

Le sixième numéro de 6 Mois, publié à l’occasion de Visa, a été tiré à 35 000 exemplaires. Et le titre compte déjà plus de 2 000 abonnés. Pas véritablement un tour de force, mais tout de même une belle performance pour une revue vendue 25,50 euros deux fois par an. « Et même si l’on ne commande pas de sondage sur nos lecteurs, les retours que nous avons nous laissent penser que ceux-ci viennent de toutes les catégories socio-professionnelles, sont de tous les âges. C’est notamment ce que l’on peut constater en consultant la boîte à mots, sur notre site Internet », avance la rédactrice en chef.

Deux fois par ans, la revue 6 Mois tente de décrypter le monde en images (crédit photo : Benjamin Henry).

Deux fois par ans, la revue 6 Mois tente de décrypter le monde en images. (crédit photo : Benjamin Henry)

Plus qu’un simple beau livre qui veut « réveiller les consciences », 6 Mois s’inscrit dans la lignée de ces mooks qui permettent encore d’espérer un avenir publié aux photojournalistes qui ne font pas d’actualité « chaude », ou pas uniquement. La place laissée aux reportages approfondis y est prépondérante. « Il faut comprendre pourquoi et comment les choses changent tout autour de la planète, justifie Marie-Pierre Subtil. Et j’ose croire qu’un photographe, quand il a été publié chez nous, peut se servir de cette référence pour aller se vendre ailleurs. » Comme un moyen de composter son billet de train quand d’autres restent à quai.

Tout d’un livre

Miquel Dewever-Plana a disposé d’une place de choix dans le numéro 5 de la revue avec une trentaine de pages consacrées à son travail sur les gangs au Guatemala. « Et c’est bien que des gens osent encore publier des reportages au long cours. Le succès des revues de ce type montre qu’il y a une demande de la part du public. C’est rassurant, surtout quand on voit que nombre de magazines font de plus en plus de « people » pour vendre et ne gardent qu’un ou deux reportages comme une caution « info ». » Pourtant, il ne voit pas 6 Mois comme la solution miracle tant attendue par la profession. « Même si en tant que photographe, on sait qu’en étant publié dans cette revue, on ne sera pas déçu du résultat, financièrement, ce n’est pas cela qui nous permet de continuer à bosser. »

Sans détour, la rédactrice en chef de 6 Mois dévoile le prix que la revue paye pour les clichés : « 90 euros pour les petits, 120 euros la page photo ». Pas mirobolant, « mais nous, on paye. Je ne suis pas certaine que cela soit le cas partout », explique-t-elle. « Cela répond à une évolution du métier, confirme Isabelle Eshraghi, publiée dans le dernier numéro. Je crois qu’il est déterminant pour le photographe de construire des histoires qui ne se vendent pas qu’une seule fois. Alors effectivement, on ne fait pas ce métier pour gagner des sommes folles. D’autant que si on se base sur les tarifs auxquels sont vendues les photos dans l’édition, je pense qu’on n’est pas loin du compte. » Pas si étonnant, finalement, quand on sait que le mook biannuel a tout du livre, du prix au nombre de pages (plus de 300 chaque numéro), en passant par la vente en librairie. Et, comme le livre, il n’est pas financé par la publicité, absente des pages.

Jeudi soir, l'écran géant de la place de la République a offert une petite fenêtre de visibilité à 6 Mois. Deux autres retransmissions sur l'écran géant sont programmée vendredi 6 et samedi 7 septembre, à partir de 21h45 (crédit photo : Benjamin Henry).

Jeudi soir, l’écran géant de la place de la République a offert une petite fenêtre de visibilité à 6 Mois. Deux autres retransmissions  sont programmées vendredi 6 et samedi 7 septembre, à partir de 21h45. (crédit photo : Benjamin Henry)

Indéniablement, 6 Mois représente un espoir pour ceux que Jean-François Leroy, directeur général du festival, voit comme des « yeux sur le monde« . Le photojournalisme n’est pas exclusivement fait de breaking news. Ni seulement de reportages à long cours. Et si la presse traditionnelle se doit de traiter à l’actualité « chaude », une nouvelle fenêtre s’est ouverte pour exposer des travaux plus approfondis.

Jeudi soir, grâce à la projection place de la République, certains ont peut-être découvert 6 Mois. Et y auront vu un joli message d’espoir pour les photographes. Imparfait, encore. Mais qui a le mérite d’exister.

BENJAMIN HENRY

La couverture du dernier numéro de la revue 6 Mois. (crédit photo : Benjamin Henry)