L' « Afghan dream » de Sandra Calligaro

L’ « Afghan dream » de Sandra Calligaro

Sandra Calligaro, photographe française de 31 ans, vit à Kaboul depuis 2007. Elle raconte en images la vie quotidienne en Afghanistan. Un travail récompensé de la Bourse du talent catégorie reportage 2013 – prix décerné par le magazine Photographie.com – pour sa série Afghan dream.  Témoignage. 

« L’image que je donne de la capitale afghane, ce n’est pas vraiment celle qu’attend le grand public, dont on entend parler et qu’on voit dans les médias depuis le début du conflit armé en 1979. Le quotidien des Kaboulis n’est pas tout rose, mais la guerre n’est pas permanente, contrairement à ce qu’on imagine. Ce paradoxe exploité dans mon travail peut paraître déroutant. Je photographie une certaine partie de la population qui sort du sempiternel cliché d’un Afghanistan en souffrance. Kaboul est la capitale d’un pays instable, mais elle est surtout en pleine expansion depuis dix ans. Il y a certes de nombreuses mesures de sécurité à respecter, du béton partout, des attentats qui peuvent péter à tout moment, mais la ville ne vit pas dans la peur et sous les bombardements. »

Couvrir le conflit armé, ce n’est pas pour moi. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe en périphérie.

« À la fin de mes études artistiques, je ne partais pas pour rester cinq, six, sept ans en Afghanistan, je voulais seulement aller sur le terrain. Mais je suis tombée sous le charme de ce pays qui a fait de moi une photographe. Être une femme a toujours été un plus qui m’a permis d’accéder aux mondes des femmes et des hommes. Et quand je voyage en province, c’est plus facile de dissimuler mon « occidentalité » sous une burqa, un voile intégral ou un foulard. Avec le temps, au sein de la classe moyenne urbaine de la capitale, je n’ai plus eu besoin de fixeur (guide et traducteur) pour témoigner et entrer en contact avec les populations. De plus, avec les années, j’ai appris à parler la langue locale. Ma série Afghan dream qui traite de l’expansion d’une nouvelle classe moyenne, réalisée entre 2012 et 2013, est née d’une sortie dans un supermarché, fréquenté par 70 % d’Afghans. Cinq ans plus tôt, il y avait 70 % d’expatriés. J’ai voulu mettre en évidence cette mutation. « 


Sandra Calligaro, Kaboul, sa ville, ses habitants par esjpromontpellier

« Couvrir le conflit armé, ce n’est pas pour moi. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe en périphérie. Je pense que mon travail peut aider à prolonger l’intérêt porté à l’Afghanistan alors que l’actualité mondiale s’est aujourd’hui déplacée vers la Syrie ou l’Egypte. Mais peu importe le support pour lequel je travaille car on ne montre pas la même chose dans un mag de cinq / six pages, un bouquin de 150 pages – je ne m’interdis pas d’en rédiger un -, une exposition ou encore un diaporama sonore sur internet. Et je ne passerai pas toute ma vie en Afghanistan. J’aimerais travailler sur les populations urbaines d’autres pays agités ou en post-conflit. »

AURÉLIE AMIEUX et CÉDRIC MARION

Sandra Calligaro est partie à Kaboul pour couvrir l'actualité du conflit armé mais au fil des mois, son travail s'est porté sur des sujets plus personnels. (Crédit photo : Mathieu Fourquet)

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