31 Août « Après ces photos, je me suis dit : Paco, c’est fini ! »

Valerio Bispuri a commencé son projet photographique Paco, une histoire de drogue en 2003. C’est en accédant enfin aux « cuisines », où est produit ce mélange de cocaïne et de substances chimiques, que le reporter a décidé de mettre fin à cette série de photos.  

« Les trafiquants ne voulaient absolument pas d’étrangers dans les « cuisines ». Mais, pour moi, il était impossible de boucler mon travail sans les photos de la production, je sentais qu’il y avait un manque. Cela faisait des années que je cherchais à y entrer.

A force d’être sur le terrain, j’ai rencontré des personnes qui voulaient bien me faire visiter les cuisines. Mais il ne fallait surtout pas que les trafiquants le sachent. Alors j’ai attendu le moment opportun. Il s’est présenté en mai 2015, lors du match de football le plus important de l’année en Argentine, le derby de Buenos Aires Boca-River. Là-bas, ce match est sacré. Tous les trafiquants importants étaient au stade et il était donc plus facile de faire les photos sans être pris.

« Les fumées chimiques me piquaient la gorge »

Un contact m’a bandé les yeux puis emmené en voiture dans un endroit dont j’ignore encore aujourd’hui la localisation. Je suis arrivé dans une maison où vit une famille et il y avait un garage où l’on fabrique le Paco. J’ai passé un jour là-bas.

La gorge me piquait à cause des fumées chimiques pour fabriquer la pâte (mélange de mort aux rats ou encore de kérosène, NDLR). C’était très difficile de respirer, l’odeur était insoutenable. J’avais également très peur que quelqu’un dise aux trafiquants que j’avais pris les photos, je risquais gros. Après cette journée, je me suis dit : « Paco, c’est fini » ».

Rémi MARCHAL et Louis-Vianney SIMONIN

 

Crédit Photo de Une : Préparation du paco dans un laboratoire clandestin. Le photographe y a été conduit les yeux bandés et ignore où il se trouve. Sud de Buenos Aires, Argentine mai 2015. © Valerio Bispuri