01 Sep Molly Benn : « De plus en plus de photojournalistes sont sur Instagram »

Co-fondatrice du webmagazine OAI13* en 2013, Molly Benn est devenue « community editor » d’Instagram, il y a un an. Celle qui gère les relations entre les communautés francophones d’instagramers et le siège de l’entreprise aux Etats-Unis décrypte une relation ambivalente entre le photojournalisme et le réseau social.

Vous venez à Visa depuis six ans. Avez-vous remarqué un changement d’attitude par rapport à Instagram ?

Entendre Jean-François Leroy dire que « les réseaux sociaux, c’est super », ça n’aurait pas été possible il y a six ans. Aujourd’hui, cela fait partie du paysage car les photojournalistes ont appris à apprivoiser les outils mis à leur disposition. Et puis certains d’entre eux ont fait des travaux sur Instagram et cela a créé une sorte d’émulation. L’exemple parfait, c’est le travail de Guttenfelder sur la Corée du Nord. C’est un moment-clef. Ils se disent, « il y a un train en marche, je ne vais pas le louper ».

Avec cet outil, voit-on arriver une nouvelle génération de photojournalistes ?

Cette nouvelle génération, elle existe depuis deux ou trois ans, voire plus. De plus en plus de photojournalistes sont sur Instagram. Ce qui a vraiment changé, c’est l’accessibilité à leur photos. Elle s’est développée avec la plateforme. On peut découvrir des professionnels qui travaillent dans des pays dans lesquels on n’ira jamais.

Instagram peut-il devenir créateur de contenus spécifiques ?

Instagram n’est pas réservé aux photographes professionnels. Ce n’est pas notre rôle, ce n’est pas notre place. On n’a pas vocation à être un organe de presse. Mais on est conscient des problématiques des photojournalistes. L’an dernier, on a lancé avec Getty Images le prix Instagram Grant (il récompense les auteurs d’histoire documentaire sur le réseau, NDLR). C’est notre façon de faire connaître cette communauté et de la soutenir. On n’imagine pas des photojournalistes ne faire que du contenu Instagram. Après, certains se prennent au jeu en postant des photos de leurs commandes après publication et de là où ils habitent. Je pense à William Daniels ou Paolo Verzone. Beaucoup de journalistes d’agence me disent aussi qu’avec cette plateforme, ils ont retrouvé le goût de la photo de tous les jours, juste pour le plaisir.

Que répondez-vous à ceux qui sont réticents à aller sur ce réseau car il n’y a pas de véritable modèle économique, pas de droits d’auteur ?

Il ne faut forcer personne. Si cela ne leur parle pas ou qu’ils estiment que ce modèle n’est pas viable économiquement, il ne faut pas qu’ils y aillent. Instagram n’est pas un site où on poste ses photos d’archives. Après, certains n’y sont pas car ils ne veulent pas s’exposer de façon aussi directe.

Est-ce que l’entreprise envisage de cibler les photographes professionnels ?

Je ne peux pas dire ça. Le piège, c’est de dire qu’Instagram est une plateforme pour les photographes parce qu’on y poste des photos. La nuance que j’apporterais est qu’Instagram est un endroit où les gens partagent leurs centres d’intérêt à travers l’image. On ne veut pas créer de catégorie ou de hiérarchie entre utilisateurs, entre ceux dont c’est le métier de prendre des photos et les autres. Je m’intéresse aux deux côtés de la communauté.

Rémi MARCHAL & Louis-Vianney SIMONIN

* Our age is thirteen

Crédit Photo de Une : Arrivée dans l’entreprise il y un an, Molly Benn donne parfois quelques conseils à certains photojournalistes pour gérer au mieux leur compte instagram.© Louis-Vianney Simonin