Quand les cheveux servent à dépolluer les océans…

Une coiffeuse nouvelle génération. A Sainte-Florine, Graziella récupère les cheveux de ses clients au nom du développement durable et du respect de l’environnement. Les cheveux recyclés sont transformés en filtres dépolluants. Pour sauver les océans…entre autres.

Alerte rouge ! La chevelure de Graziella Rodriguez est un message à elle seule. « C’est une nouvelle coloration vegan, que j’essaie sur moi avant de l’utiliser pour les clients ! ». Coloration vegan ? Oui, Graziella défend la cause animale jusqu’aux bacs de son salon de coiffure.

« Je me suis toujours sentie concernée par ce sujet. Lorsque j’achète les produits, je vérifie toujours que les laboratoires ne les testent pas sur des bêtes. »

En vidéo : On a parlé écologie avec Graziella

« Je pleure quand je vois des oiseaux mazoutés »

Sauver les animaux, protéger la planète. Et les cheveux dans l’histoire ? Ils sont inépuisables, inaltérables, résistants et isolants. Autant d’atouts aujourd’hui utilisés par l’association nationale « Coiffeurs justes » que la gérante de « R’Grazy Coiffure » a décidé de rejoindre depuis décembre dernier. Non, Graziella ne jette plus les cheveux de ses clients. Elle reçoit désormais des sacs en carton, en échange de quelques euros à l’association basée dans le Var. « Je leur renvoie ces sacs lorsqu’ils sont remplis des cheveux que je coupe. »

Un geste solidaire et vertueux. Collectés par « Coiffeurs justes », les cheveux sont ensuite passés au peigne fin des élèves de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Brignoles (Var) pour fabriquer des filtres à hydrocarbures. Pour Graziella, « ces déchets servent à nouveau pour de belles choses. Cela permet d’éviter des catastrophes et de voir des oiseaux noirs de mazout. Quand je vois des évènements comme ça, je pleure… »

50 % des déchets d’un coiffeur

Comme Graziella, plus de 2.000 salons de coiffure en France ont arrêté de mettre les cheveux à la poubelle. « Ils représentent 50% des déchets produits par un coiffeur », alerte Thierry Gras, président de « Coiffeurs justes ». « C’est une source importante de pollution, car ils sont enfouis ou incinérés. »

Le cheveu représente pourtant une matière première non négligeable. « Ses qualités et ses applications sont exponentielles, notamment grâce à sa forte abrasivité et sa solidité », note Thierry Gras. « Pendant longtemps, avant d’être remplacé par le plastique, le cheveu était d’ailleurs utilisé pour confectionner des chapeaux, des feutres ou encore des plaquettes de frein. »

Trois fois plus efficace que le synthétique

Une époque que le président de « Coiffeurs justes » regrette. « Dans l’ancien temps, on utilisait les cheveux autrement. Aujourd’hui, si on évitait de les jeter, ce serait tout bénéfice pour la Terre. Ils poussent tous seuls, et ne représentent donc aucun coût de production. Il n’y a pas non plus besoin de les laver et de les trier. Leur collecte nécessite aussi très peu de temps. Les coiffeurs ont simplement besoin de remplir un sac ! »

En attendant de généraliser l’utilisation des cheveux pour rembourrer les couvre-chefs, Thierry Gras les utilise donc pour les filtres à hydrocarbures. De gros boudins d’une dizaine de mètres, confectionnés en insérant les cheveux dans des collants pour femmes. « Un kilo de cheveux peut adsorber jusqu’à huit litres d’hydrocarbures ! Le cheveu est trois fois plus adsorbant que les filtres synthétiques. » Adsorbant ? Cela signifie que les cheveux sont capables de fixer un gaz ou un liquide à leur surface.

Reconversion dans l’isolation

Pour leur permettre d’agir efficacement, les filtres sont installés dans les ports, à proximité des bateaux et des stations service. « De cette manière, l’essence est adsorbée directement dans l’eau après y avoir été émise », explique le coiffeur varois. Le premier filtre « capillaire » a ainsi été inauguré vendredi dernier, dans le port de Cavalaire (Var). « Ce filtre peut être réutilisé entre six et dix fois, en étant lavé. »

Lorsque le filtre sera inutilisable, ses cheveux connaîtront une troisième vie. « Ils isolent très bien », note Thierry Gras. « Ils pourront servir pour les habitations. »

Les qualités d’adsorption des cheveux permettent à ce dernier d’envisager d’autres utilisations. Toujours dans l’eau. « Nous voulons créer des éponges de cale de bateaux, permettant de capter les hydrocarbures rejetés dans la mer », affirme le président de l’association. « Nous envisageons aussi de mettre en place des cordons de boudins de cheveux au large des plages. Ces dispositifs vont empêcher les huiles solaires des baigneurs de se répandre dans l’eau. » Il n’a jamais été aussi utile de laisser flotter ses cheveux.

Thibaud Delafosse