Vendeur de glyphosate : un métier poison ?

L’écologie prend une place de plus en plus importante dans l’agriculture. Ennemi numéro un : le glyphosate. Un produit toujours vendu mais en sursis. Franck Passemard, commercial chez Gamm vert, a suivi cette évolution de près. Sujet brûlant.

Vendeur de poison. Un raccourci fait par les écolos. Franck Passemard ne se sent pas visé. Commercial chez « Gamm vert » depuis vingt ans, il aurait pourtant de quoi cumuler toutes les caractéristiques du « méchant ». Quand les discussions autour de l’écologie s’emballent, les pesticides éclaboussent le débat.

Selon ce professionnel du secteur agricole, cette escalade de critiques vise à déstabiliser un mastodonte international. « Les mouvements écologiques ont la volonté de se bagarrer contre Monsanto, car c’est la multinationale à abattre… » Un dossier brûlant « mais pas pour la réalité des faits », explique le commercial. Car, selon lui, « à priori, la dangerosité du glyphosate n’a jamais été prouvée. » Ou comment continuer à se faire des ennemis…

Et quand Franck se déplace sur les exploitations de son secteur, il dit ne faire qu’enfiler sa casquette de conseiller auprès des utilisateurs de glyphosate et autres produits chimiques. « Je mets toujours en garde concernant les conditions d’applications. Je préviens : il faut mettre combinaisons, gants, lunettes et masques de protection lors de l’utilisation de ces produits. »

Une surenchère autour du glyphosate

Depuis le début du XXIè siècle, Franck « vend tout ce dont il y a besoin sur une exploitation. Des fertilisants, de l’alimentation pour toutes les agricultures, pour bovins, et ovins… et puis on a contrat pour les céréales et tout ce qui est fertilisation, produits phytosanitaires pour conduire les cultures de A à Z. »

Un rôle de vendeur « brûlant » avec ses spécificités. « Mon rôle, c’est de savoir ce dont l’agriculteur à besoin pour conduire son exploitation, de l’aider à chercher le rendement s’il a besoin de vendre des produits. » Des conseils associés à ceux sur l’utilisation des produits chimiques, type glyphosate. » Un mot qui a surgi depuis une dizaine d’années dans la bouche des gens extérieurs au monde agricole. » Un gros mot pour Franck, difficile à faire passer. « Pour moi, il y a une surenchère autour du glyphosate. »

Le Roundup est interdit à la vente depuis le 1er janvier 2019 en France.

Pour autant, quand il fréquente les agriculteurs, le mot « glyphosate » n’est pas prononcé. Il l’avoue : « on n’utilise jamais le mot pesticide. Pour les produits les plus courants, on parle de désherbant, car c’est ce qui est majoritairement utilisé pour permettre d’avoir des agricultures relativement propres. C’est-à-dire se débarrasser de toutes les plantes concurrentes. »

Une interdiction repoussée

Et Franck d’évoquer une gêne par rapport à d’autres produits, les plus dangereux. « Notamment les fongicides classés comme cancérigènes. Ils entrent dans une classification plus élevée en terme de risque de pollution et de dangerosité vis-à-vis des utilisateurs. » Désormais, ces produits, Franck ne les vend plus. « Ce qui était cohérent quand on a prouvé que la dangerosité était avérée. »

Cette année, le glyphosate devait lui passer à la trappe. « C’est pratiquement tous les produits à base de glyphosate qui ne seront plus commercialisés fin mai. » Or, jeudi 24 janvier, Emmanuel Macron a fait un pas en arrière. Il a offert du sursis à cet herbicide le plus utilisé au monde. Lors de son passage à Bourg-de-Péage (Drôme), le président de la République a annoncé que le glyphosate ne serait finalement pas interdit à partir de 2021, comme initialement prévu.

Une décision qui offre une vie plus longue à ce désherbant décrié. Toutefois, l’activité de Franck ne tourne pas uniquement autour des produits chimiques. Une raison à cela. Globalement, en Haute-Loire, ils sont même « régulièrement en baisse depuis cinq ans », constate le commercial. Un fait lié au type d’agriculture du département, majoritairement orientée vers l’élevage, et au nombre d’exploitations passées au biologique. Pourtant Franck continue à démarcher les agriculteurs ayant quitté le giron du conventionnel .

Qu’ils soient bio ou à base de glyphosate, les désherbants garderont une place dans les étagères des jardiniers et des agriculteurs. La balle est désormais dans le camp politique français et européen.